Avec son nouveau Techshop à Lille, Leroy Merlin continue de surfer sur la culture maker

(Auteur : Marine Protais)
Leroy Merlin et Techshop ouvriront les portes d’un nouvel atelier collaboratif XXL à Lille le 3 mai prochain. Celui-ci deviendra “le plus grand makerspace” d’Europe. Le distributeur s’approprie les codes de la culture des makers, mais ne souhaite pas concurrencer les fab labs existants.

Dix-huit mois après l’ouverture d’un premier atelier de fabrication collaboratif à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), Leroy Merlin réitère sur ses terres à Lille. Ce deuxième tiers-lieu, dévoilé lundi 24 avril, devient le plus grand “makerspace” d’Europe selon le communiqué de l’enseigne de bricolage. Il ouvrira ses portes au public le 3 mai. 2 400 mètres carrés, 150 machines à disposition et une équipe de 24 personnes… Difficile pour les plus petites structures à l’origine du mouvement makers de faire mieux. Celles-ci sont pour la plupart gérées par des start-up, collectifs ou associations aux moyens moins importants.

Comme pour celui d’Ivry-sur-Seine, Ateliers Leroy Merlin, filiale de Leroy Merlin, s’est associé à Techshop, une entreprise américaine qui gère neuf makerspaces aux Etats-Unis. Le distributeur s’est également rapproché de l’Institut catholique des arts et métiers de Lille (Icam), qui proposera des abonnements à ses étudiants, et à l’incubateur de start-up Euratechnologies.

Leroy Merlin vise un public large. “Entrepreneurs, ingénieurs, bricoleurs passionnés, modélistes, artisans, artistes, particuliers…”, énumère le communiqué. Tous peuvent venir utiliser les machines et bénéficier de formations contre un abonnement de soixante euros par mois minimum.

Une activité pas encore rentable
Pour l’enseigne de bricolage, le but n’est pas commercial. “Cette activité n’est pas rentable et il est possible qu’elle ne le soit pas avant un moment. Nous espérons rentrer dans nos frais bien sûr, mais nous n’espérons pas dégager énormément de bénéfices”, juge Stéphane Calmès, directeur de Techshop Ateliers Leroy Merlin. “Le but est d’être proche des gens qui innovent, des makers, qui peuvent nous donner des idées pour nos futurs produits, de s’inspirer des modes de travail collaboratif et de proposer à nos clients des services de personnalisation”, résume-t-il.

Le distributeur ne prétend pas concurrencer les fab labs. “Depuis notre ouverture à Ivry, leur nombre a d’ailleurs doublé”, avance Stéphane Calmès. Le directeur du projet insiste sur le fait que les Techshop ne sont pas des fab labs au sens strict du terme. En effet, le mot “fab lab” a été inventé par l’Institut technologique du Massachussets (MIT). Et les tiers-lieux labellisés comme tel doivent respecter une charte qui inclut notamment la mise à disposition de certaines machines, de logiciels libres, et la participation au réseau mondial des labs en partageant plans et techniques de fabrication.

Vulgarisation du mouvement makers
Les fab labs authentiques ne voient pas d’un mauvais œil l’arrivée d’un géant de la distribution sur leur territoire, même s’ils regrettent que Techshop soit peu connecté au réseau existant. “Il est assez logique qu’une grande organisation se soit emparée du mouvement makers, comme cela a été le cas avec de nombreuses cultures émergentes auparavant. Leur initiative a le mérite de montrer que le mouvement des makers est loin d’être réservé aux bricoleurs du dimanche et qu’il y a de réels enjeux économiques et industriels derrière”, estime Francesco Cingolani, fondateur du fab lab Volumes à Paris.

Pour Usine IO, un atelier parisien qui propose un service d’accompagnement du prototypage à l’industrialisation, les Techshop de Leroy Merlin ne représentent pas une “menace”. Ils sont plutôt des “structures complémentaires”, souligne Agathe Fourquet, co-fondatrice d’Usine IO. “Ils ont un parc machines très important. Certains de nos membres passent par Techshop pour utiliser certaines machines que nous n’avons pas.” Leur cible n’est pas la même non plus. Celle de Techshop se veut la plus large possible, alors qu’Usine IO est dédié aux professionnels : start-up, PME et grands groupes.

En région parisienne, le Techshop d’Ivry-sur-Seine n’a pas éclipsé les ateliers existants. Espérons qu’il en soit de même à Lille.

Source : usinenouvelle.com