Biocoop teste le transport de marchandises à la voile

(Auteur : Constantin Thierry 2)
Le distributeur de produits bios a signé un contrat avec la société française TransOceanic Wind Transport (TOWT) pour l’acheminement de 800.000 bouteilles de vin depuis le Portugal. Un contrat test pour ce mode de transport qui est doté d’un label depuis 2014.

Dans le cadre de sa fête des vins qui se déroule du 8 septembre au 14 octobre, Biocoop a décidé de se faire livrer son Douro Rouge par TransOceanic Wind Transport (TOWT), une société d’à peine 6 ans qui s’est spécialisée dans le transport à la voile. Parti de Porto le 12 août, le Lun II, le gréement de 1914 qui a servi au transport, a atteint Douarnenez dix jours plus tard pour y décharger sa cargaison.

Benoît Roger, chef de marché épicerie et liquide de Biocoop, dit avoir été séduit par la cohérence globale du projet. «Ce mode de transport s’inscrit dans nos initiatives pour promouvoir une transition énergétique», explique-t-il. Bien que cette livraison fasse office de test, le distributeur semble plutôt optimiste quant à l’avenir de ses relations avec TOWT et met en avant les tonnes de CO2 économisées grâce à cette solution.

Un label «transporté à la voile»
Face à des géants comme CMA-CGM, ses 536 navires et ses 21 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2015, la société de transport à la voile TransOceanic Wind Transport fait petite figure avec 256.000 euros de chiffre d’affaires. Mais Guillaume Le Grand, son cofondateur, y croit dur comme fer : le transport à la voile n’est pas une utopie. En témoigne, selon lui, l’existence du label «Transporté à la voile» qui a acquis un statut juridique en 2014 avec un cahier des charges qui concerne à la fois livreurs, producteurs et équipages des bateaux. Concernant les équipages, par exemple, la règle est simple: aucune navigation au moteur.

Le label est aussi une manière de mettre en avant la dimension plus propre de ce mode de transport. En 2016 l’entreprise de Guillaume Le Grand aura transporté 250 tonnes, estime-t-il, et économisé 150 tonnes de CO2, soit l’empreinte carbone de 75 voitures sur un an en France. «Ça n’est pas énorme mais c’est un début» reprend-il, et cette question prendra de l’importance dans les années à venir. En effet, même s’il reste peu polluant comparé au transport routier, le transport maritime conventionnel était responsable de 3,3% des émissions de CO2 en 2007 et le phénomène devrait s’aggraver d’ici 2050, selon l’Organisation Maritime Internationale.

Cette solution, surtout, modifie les relations entre transporteurs et clients. «Ils deviennent partenaires», explique Guillaume Le Grand, et doivent faire preuve de plus de souplesse. En effet, dû aux aléas météorologiques, TOWT ne peut pas garantir une date d’arrivée des produits, «même si la plupart du temps nos estimations se révèlent justes», assure le cofondateur. Une spécificité que le chef de marché épicerie et liquide de Biocoop confirme: cette livraison de vin lui a demandé beaucoup de démarches et une flexibilité particulière, notamment sur le fait d’accepter qu’il n’y ait pas de pénalités de retard sur les délais de livraisons. En outre, le transport à la voile engendre un surcoût (d’environ 10-20 centimes par bouteille de vin depuis Porto), un coût que les clients de Biocoop sont prêts à absorber quand ils comprennent la démarche, estime l’enseigne.

Malgré ces contraintes, la démarche séduit d’autres entreprises que Biocoop. TOWT, qui dit ne pouvoir «honorer toutes les demandes», étudie très sérieusement le projet d’un voilier cargo de 60 mètres de long et d’une capacité de 1000 tonnes. Un projet à 12 millions d’euros qui fera l’objet d’une levée de fonds auprès d’investisseurs vers décembre.

Source : lefigaro.fr