L’enseigne Hema ne veut plus différencier les filles et les garçons

(Auteur : Guillaume Poingt)
L’entreprise néerlandaise souhaite supprimer la distinction entre les garçons et les filles dans son rayon vêtements pour enfants. 300 des 700 points de vente européens d’Hema devraient être concernés d’ici la fin de l’année.

Les rayons de vêtements «garçons» et «filles» vont-ils bientôt disparaître? C’est en tout cas l’initiative prise par la chaîne de magasins néerlandaise Hema, spécialisée dans les articles à bas prix. Selon le quotidien néerlandais De Volkskrant, la marque a décidé de supprimer les indications de genre sur les vêtements pour enfants. Dans un communiqué en néerlandais, Hema confirme avoir changé les étiquettes «d’une partie de la prochaine collection d’hiver».

Concrètement, les rayons devraient fusionner pour former un vaste espace «enfants». Cela ne signifie pas que la marque ne vendra plus de pyjamas roses ou de t-shirts bleus mais aucune étiquette ne mentionnera si tel ou tel vêtement est réservé aux filles ou aux garçons. Sans aller jusqu’au genre neutre, Hema veut en effet proposer des vêtements moins stéréotypés. «Hema souhaite permettre aux enfants d’être ce qu’ils veulent être. Des filles à caractère, de charmants garçons, de vraies princesses ou des astronautes en herbe», est-il expliqué dans le communiqué.

«Vous trouverez toujours de petites jupes roses chez Hema, mais nous y ajoutons des vêtements plus musclés pour filles», expliquait par ailleurs Trevor Perren, directeur des achats de vêtements, sur le site spécialisé Retail Detail.

Le journal De Volkskrant affirme que 300 des 700 points de vente européens d’Hema seront concernés d’ici la fin de l’année 2017. Mais, outre les Pays-Bas, difficile de savoir dans quels pays exactement. La chaîne de magasins est également présente en France, où elle compte 62 magasins, en Belgique, en Allemagne et au Luxembourg. Contacté par Le Figaro, Hema France explique n’avoir «aucune information sur le sujet pour le moment». Avant de poursuivre: «Il s’agit d’une décision prise par la Hollande».

Une fillette de 10 ans à l’origine de ce changement
Selon De Volkskrant, la décision de changer les étiquettes a été prise à la suite de la demande d’une fillette de 10 ans qui n’en pouvait plus de porter des sous-vêtements avec des coeurs roses. En 2015, avec l’aide de sa baby-sitter, elle a décidé d’envoyer un message à la marque Hema sur Facebook. «Selon moi il n’y a pas une si grande différence entre garçons et filles. J’espère qu’il y aura plus de choix à l’avenir», écrivait-elle notamment.
Dans ce message, sa baby-sitter raconte également avoir discuté avec la petite fille de ce à quoi le paradis pourrait ressembler et celle-ci lui a notamment répondu qu’au paradis, «les sous-vêtements pour filles de Hema ne seraient pas roses ou avec des motifs de cœurs». «Elle aimerait avoir des dessins de girafe» sur son pyjama, précise la baby-sitter. Une demande semble-t-il entendue par Hema: «Au cours des deux dernières années, nous avons reçu beaucoup de demandes de nos clients afin de rendre la collection de nos enfants plus interchangeable», assure ainsi la marque dans son communiqué.

D’autres marques ont déjà fait la même chose
Début septembre, à la suite d’une polémique, les grands magasins britanniques John Lewis avaient annoncé la mise en place d’un rayon unique pour les garçons et les filles. L’enseigne proposait en effet une collection de maillots avec la mention «Little man, big ideas» (Petit homme, grandes idées) pour ceux des garçons et «Little girl, big smiles» (Petites filles, grands sourires) sur ceux des filles. Cette distinction avait été jugée sexiste par certains. Désormais, les jupes, les robes, les t-shirts, les pulls ou encore les pantalons auront l’étiquette «filles et garçons». La marque envisage de lancer une gamme de vêtements pour enfants non spécifique aux genres, avec, par exemple, des robes avec des dessins de vaisseaux spatiaux ou de dinosaures.

La marque Gap pourrait prendre le même chemin. «Pouvez-vous faire des t-shirts de filles cool s’il vous plaît? Ou pouvez-vous faire un rayon ni garçon ni fille, juste enfant?», lui avait demandé en début d’année une enfant de 5 ans, dans une lettre adressée à la direction de la marque.

«Les t-shirts de garçons sont vraiment cools. Ils ont Superman, Batman, du rock and roll et des sports. Que faites-vous pour les filles qui aiment ces choses-là, comme moi ou ma copine Olivia?» Quelques semaines plus tard, comme le raconte RTL, le PDG de Gap, Jeff Kriwan, avait répondu à la petite fille et avait reconnu qu’elle avait «raison». «Je pense que nous pourrions mieux faire et proposer plus de choix qui plaisent à tout le monde. J’ai parlé à nos designers et nous allons travailler sur des choses plus amusantes qui, je pense, vont te plaire.»

D’autres marques appliquent ce principe pour tout ou partie de leurs produits, comme le distributeur Système U, qui propose depuis 2012 des catalogues de Noël sans distinction de sexe, avec la volonté de lutter contre les stéréotypes. Fin 2014, un rapport remis au Sénat par Chantal Jouanno et Roland Courteau avait par ailleurs mis en évidence «l’importance des jouets dans la construction de l’égalité entre filles et garçons».

Source : lefigaro.fr