Les Puces de Saint-Ouen s’aventurent sur eBay

(Auteur : Emmanuelle Delsol)
Le plus grand marché d’antiquités du monde ouvre une plate-forme web à son image avec eBay. Objectif : promouvoir la marque en particulier hors de France, s’adapter aux comportements de clients devenus mobinautes et augmenter le chiffre d’affaires. Une quarantaine de commerçants s’y essaient déjà.

Désormais, on va pouvoir flâner dans les marchés Biron ou Paul Bert depuis son fauteuil, depuis la plage, voire depuis San Francisco, Moscou ou Shanghai. Ou presque. L’association des commerçants du mythique marché aux Puces de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) ouvre en effet, en partenariat avec eBay, une plate-forme sur laquelle ses commerçants pourront présenter certains de leurs produits à la vente. Une quarantaine de vendeurs (sur les 1200) tentent déjà l’aventure. La première année leur est proposée “gratuitement”, contre une commission eBay de 6,5% sur les ventes réalisées.

Les Puces de Saint-Ouen sur eBay ne se veulent pas une simple version e-commerce du marché. Il ne s’agit pas de recréer un site de vente d’antiquités comme 1stdibs ou proantic. Les Puces cherchent à prolonger sur le web l’expérience physique originale qu’elle a créée depuis la fin du 19e siècle. Sur la plate-forme, chaque commerçant garde donc son identité propre, choisit ses modalités de vente, sa présentation, etc. Le marché s’offre tout de même une identité globale chargée de promouvoir la marque “Puces de Saint-Ouen”. Celle associée en particulier à l’expertise reconnue de ses antiquaires, certifiés pour l’occasion par l’association des Puces.

CONSERVER LA COMPÉTENCE LOGISTIQUE, ADMINISTRATIVE…
Mais pas seulement. Le marché dispose de longue date de services spécifiques sur lesquels eBay va s’appuyer plutôt que de les remplacer par les siens. “Pour la logistique, par exemple, précise François Bourgoin, directeur vendeurs professionnels et partenariats pour eBay France, il y a des transporteurs spécialisés, dont certains sont même implantés dans les Puces. Les Puces maîtrisent aussi toutes les arcanes administratives (fiscales, douanières…) associées aux ventes d’antiquités à l’étranger. Cela demeure.” Les traditions aussi seront respectées. Même sur ebay, il sera possible de négocier un prix, par chat par exemple !

Parmi les objectifs prioritaires de la démarche, une plus grande visibilité à l’international, la valorisation de la marque “Puces de Saint-Ouen”, et bien sûr, une augmentation du chiffre d’affaires. Depuis 4 ou 5 ans, les ventes globales –même si le dernier chiffre d’affaires officiel date de 2010, ndlr- stagne aux alentours de 350 millions d’euros. La nouvelle place de marché compte sur les 162 millions d’acheteurs  annuels dans le monde entier, annoncés par eBay.

DES CHINEURS MOBINAUTES
Aussi surprenant que ce soit, seuls quelques commerçants du plus grand marché d’antiquités au monde s’étaient déjà lancé en ligne. “J’ai augmenté mon chiffre d’affaires de 80% ces 4 ou 5 dernières années, justement sur eBay”, s’exclame pourtant haut et fort l’un d’eux, présent à la conférence de presse. De plus en plus, qu’ils cherchent à chiner des raretés à plusieurs dizaines de milliers d’euros ou à acheter de simples bibelots, les clients ne se contentent plus de flâner dans le marché. Comme pour tous leurs achats, ils veulent du multicanal et jouent en particulier du mobile.

Le marché attire déjà de richissimes américains, chinois, indonésiens, thaïlandais, moyen-orientaux, etc. en quête d’une pièce rare, unique, à rapporter chez eux. Mais désormais, Internet est roi. Ils viennent sur le marché, repèrent un objet et, smartphone en main, demandent l’adresse du site de e-commerce sur lequel ils pourront confirmer leur achat une fois rentrés à leur hôtel, le soir même. Il n’est donc pas question de cannibaliser le marché historique, mais d’en proposer une indispensable extension sur le web, mobile en l’occurrence. Et pourquoi pas, d’attirer dans les rues de Saint-Ouen, des touristes qui auraient goûté au marché dans sa version eBay.

UNE PREMIÈRE MONDIALE POUR EBAY
L’association qui représente les commerçants a étudié la possibilité de créer sa propre plate-forme. Trop cher et trop complexe. Les solutions de Facebook ou d’Amazon ne lui ont pas convenu non plus. Pour ce qui est du géant du e-commerce, c’est en particulier le fait que les clients viennent en priorité y chercher des prix bas qui a découragé les Puces. La préférence est donc allée à l’ennemi d’hier, eBay, pour qui l’opération est une première mondiale. Et même s’il s’en défend, c’est un moyen pour l’américain de se différencier en France, de son concurrent local : Le Bon Coin.

Source : usine-digitale.fr